largoLa semaine dernière, j'avais interdit à mon frère d'aller voir ce film sans moi. Hier, il m'a donc proposé de l'accompagner car il avait décidé d'aller voir Largo Winch...

J'ai beaucoup aimé. On ne s'ennuie pas une seconde et c'est, pour moi, la définition d'un bon film. Il m'est souvent arrivé, lors de sorties ciné, d'avoir hâte que le film s'achève tant je m'y ennuyais. Hier soir, j'ai apprécié d'abord l'acteur principal qui n'est autre que Tomer Sisley, un humoriste et qui s'en sort très bien. Je trouve même qu'il n'a pas été utilisé à ses pleines possibilités dans ce film ou somme toute, ses dialogues ne sont pas nombreux.

C'est le premier volet de la bande dessinée que je connaissais mais que je n'ai jamais lue. Un homme adopte un enfant. Cet homme est le fondateur du groupe Winch et son petit garçon sera donc le seul et unique héritier. L'enfant est confié à un couple d'amis et élevé avec un frère et beaucoup d'amour. Son père vient le chercher un jour pour l'initier à son prochain rôle de chef de l'empire Winch. Le père décède et le monde entier découvre l'existence d'un seul et unique héritier... Largo...

C'est un film détente, sans prise de tête et c'est dans cet esprit que je vous conseille d'aller le voir...

De plus, c'est un film français... alors poussons un peu des cocoricos de temps en temps... ;)

Critiques de Jacques Coulardeau

ENFIN LES FRANÇAIS SE RÉVEILLENT. Le cinéma français a croulé pendant des décennies sous deux principes absurdes. D’une part que c’était du cinéma français et donc que la seule langue qu’il pouvait parler était le français. Mépris absolu pour le monde non-français. La télévision a un peu changé cela, mais pas tellement. La deuxième erreur est une erreur artistique. C’est le mépris pour les films d’action et pour les films qui ne se centrent pas sur la psychologie secrète des hommes et des femmes, donc une psychologie que l’on ne peut saisir que par le langage car elle doit être révélée de cet intérieur invisible par ailleurs. Le cinéma français se faisait plus proustien que Proust lui-même et quelque part rejetait l’approche événementielle de l’œuvre d’un Victor Hugo par exemple, pour ne pas parler d’Eugène Sue ou Théophile Gauthier ou Alexandre Dumas, tous des petits et piètres littérateurs. Et ce qui n’était pas comme ça était méprisé au plus haut point, Jean Paul Belmondo ou Alain Delon en tête. Un effet positif de la globalisation ou de la mondialisation aura été de forcer le cinéma français à penser ses films au niveau de la planète et donc de sortir de son confessionnal laïque. Largo Winch est juste un personnage et une histoire de ce genre. Né d’une BD, il est déjà sorti d’un autre univers, mais en plus ce Largo est le fils de personne, il n’a pas de père et son père adoptif n’est qu’un ouragan que l’on fuit. Largo n’est donc qu’une histoire sans fin d’action, de fuite, de gangsters et tricheurs sans égaux et sans idée d’en finir. On voyage dans le monde entier et l’action principale se divise entre la Croatie, Hong Kong et le Brésil. Ce ne sont qu’assassins qui liquident leurs propres alliés, quand ce ne sont pas leurs patrons. Et c’est là que le discours est plus intéressant. Le décor de cette histoire est la finance internationale, les grandes entreprises qui ne sont aucune part et partout à la fois. Les patrons voyous en même temps que les patrons citoyens, et les deux souvent sont les mêmes car ce ne sont que des jeux, des rôles qu’ils jouent en alternance, et un patron voyou, quand il vire sa cuti et donne des millions à l’Unicef, devient candidat sérieux pour le Prix Nobel de la Paix, sans garantie qu’il restera vertueux plus d’une semaine après la remise de son prix qu’il verrouillera par une donation bien pensée et bine lourde à la Fondation Nobel. Cette irrévérencieuse remarque est une sublime vérité que l’on devrait avoir en tête plus souvent. Où que ce soit, qui que ce soit, celui qui a le pouvoir a les mains sales, même s’il a la morale pour lui d’une certaine façon. Il n’y a pas de bons qui n’aient besoin de se déterger les mains à l’eau de javel au moins, et parfois les amputer serait la bonne solution et la parfaite prévention contre une rechute. Le film dans ce domaine va encore plus loin. Tous les innocents sont tués et on en arrive à la lutte entre deux frères adoptifs qui se retrouvent frères ennemis pour un court instant avant de redevenir alliés, dans la mort de l’un des deux. Nous sommes aux antipodes des « Fusils de la Mère Carrar » de Bertolt Brecht. Il n’y a pas de morale dans ce film, mais l’immorale est que le pouvoir financier et industriel ne se transmet de père en fils, adoptif ou non, que par la mort, par l’utilisation d’une arme qui se passe sous la table et sous le manteau de ce père à ce fils et que c’est celui qui a reçu l’arme qui est le vrai héritier en dépit de tout le reste. Et dire que certains idéalistes et idéologues veulent moraliser cette folie. Pourquoi ne pas demander à l’Océan Pacifique de se retirer des côtés américaines ? Bien que pourtant il serait bien que l’Himalaya passe en Amérique pour qu’enfin les USA aient le point culminant de la planète. Ils culminent en tout, y compris en hypocrisie et en naïveté, mais pas en montagne. Dommage, car plus le singe grimpe haut dans le cocotier, plus on en voit le *** rouge.

Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris Dauphine, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne & Université Versailles Saint Quentin en Yvelines