Parler, s'exprimer, se raconter. Choisir des mots, ses mots ou ceux des autres, imiter, copier, plagier. Décrire un évènement, une situation. Se confier, se livrer, se mettre à nu par des mots, choisis, identifiés comme étant ceux qui correspondent au mieux à ce que l'on veut exprimer. Y ajouter des adjectifs précis, pour être sûre que l'autre reçoive le message. Mais quelle certitude avons-nous sur ce que l'autre ressent à la lecture de nos phrases ? Nous essayons d'être précis mais ces précisions ne sont-elles là que par rapport à nos propres doutes ou pour être en harmonie avec ceux qui nous lisent ou nous écoutent.

Le langage est une "manière de s'exprimer, soit par rapport aux mots qu'on emploie, soit par rapport au sens. Langage figuré, allégorique, mystique, poétique, orné, affecté, fleuri, pompeux. Langage obscur, incorrect. Poème écrit en beau langage, en vieux langage. La pureté, la correction du langage. Vous me tenez là un étrange langage. Je n'entends point ce langage. Le langage de la passion. Composer son langage."

Wittgens"Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde."
  Ludwig Wittgenstein Extrait de Tractatus logico-philosophicus

Cette citation de Wittgenstein dont j'ai tenté de lire le fameurx TLP (merci W ;-) m'a plongée dans un abîme de réflexion (ce n'est d'ailleurs pas la seule citation de ce livre qui m'a émoustillée, ébouriffée devrais-je dire). Mon langage, mon propre langage n'est pas suffisant pour décrire mon propre monde, est-ce à dire que mon monde serait cloisonné par mon langage ? Parce que mes mots ne suffisent pas ? Biensûr en bonne égocentrique j'ai ramenée cette citation à mon égo parce que j'y trouve une certaine vérité lorsque je l'applique à moi-même. Je rajouterais même que les limites de mon langage sont les limites de mon savoir ou de l'acquisition d'un autre savoir, celui où le langage utilisé est différent. 

Je suis victime de mes propres limites...parce que je n'ai pas donné au langage toute l'importance qu'il devrait avoir. Je suis exclue, je me sens rejetée d'un monde que je frôle sans pouvoir y accéder parce qu'il m'arrive de ne pas comprendre le langage de l'autre, trop loin de ce qu'il m'est donné d'appréhender parce que ce n'est pas mon langage, parce que je ne comprends pas un mot sur cinq.

Il m'arrive assez souvent de ne pas intervenir à l'oral ou par écrit parce que je sens que mon niveau maximum est atteint et que je n'apporterais rien à l'édifice. Tout ce savoir que je n'ai pas, qui m'arrive de toutes parts, que j'aurais envie de comprendre, de connaître, dont j'essaie de m'abreuver chaque jour, me renvoie à mes propres connaissances et je m'enfonce au lieu de m'élever.

J'ai l'impression qu'il y a deux mondes, celui où l'on parle le langage de base et celui où l'on s'"exprime bien", celui où le langage utilisé s'adresse à une élite. Entre ces deux mondes, un autre monde, celui de ceux qui essaient d'aller plus loin, de comprendre et ceux qui les ignorent parce qu'ils ne s'expriment pas comme eux. Et puis il y a aussi ceux qui comprennent et qui essaient de tirer vers eux les paumés du langage. Ici, ton langage c'est toi... Voila tout le danger de la blogosphère. On fait fi de la personne, on fond devant ses mots... mais il se peut que celui ou celle qui se cache derrière son langage ne soit pas celui ou celle que l'on croit.  Il y a toutefois des choses rassurantes :

la première ce sont ces citations :
"Le langage n'exprime pas tout de l'homme. La pensée verbale n'est peut-être pas la forme essentielle et ultime de l'intelligence humaine." Sir Alister Hardy
et encore :
"La philosophie est une lutte contre la manière dont le langage ensorcelle notre intelligence." Ludwig Wittgenstein

La seconde c'est que finalement l'image véhiculée par le seul langage des blogs (verbale) ne représente qu'une infime partie de notre image réelle et de notre personnalité.

Je reste persuadée que le monde de la toile ne remplacera jamais de belles rencontres. C'est peut-être là la clé de mon tourment, cette authenticité qui manque à la personne jugée et classifiée simplement par rapport à sa seule expression verbale.

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