Je reviens sur la discussion téléphonique avec mon ex mari, le père de mes filles.

Cette discussion m'a révélé quelque chose d'important, bien que je ne lui ai pas dit, c'est que je regrette aussi que notre mariage n'ait pas été une réussite. Je lui en veux pour cela même si le divorce était à mon initiative. J'ai bien compris ce qu'il voulait me dire. Il aurait souhaité vieillir "en famille" et moi aussi. Mais les choses ne sont pas toujours aussi faciles.

Je pensais sincèrement être une "bonne" épouse et une "bonne" mère, je sais ça fait un peu ringard ...mais ce que j'entends pas "bonne" c'est surtout l'intelligence que l'on peut mettre dans la gestion des relations. J'étais toujours à l'écoute des uns et des autres, essayant de ménager la chèvre et le choux en espérant que les années passant, les filles grandissants, les choses s'amélioreraient dans notre couple et que mon mari serait moins stressé.

Au début de notre mariage, il occupait un poste de technicien dans une agence qui vendait des photocopieurs. Puis, assez vite il est passé responsable technique. J'admirais sa capacité à gérer, à organiser et à manager. Le soir, il rentrait vers 17:30, 18:00 et nous avions quelques heures d'intimité que j'appréciais énormément car il était très attentionné avec moi. Bien sûr, comme tous les couples, il nous arrivait de nous disputer mais ça n'allait jamais très loin et l'affection revenait très vite. En fait nous étions très amoureux.

Stéphanie est née et j'ai découvert très vite qu'il avait le sens des responsabilités. Il me disait quoi faire et comment faire avec notre fille mais ne s'occupait pas de ma santé mentale. En fait j'ai très mal vécu l'après accouchement. J'étais perdue par ce changement soudain. Le congé maternité pour les mères et une belle chose mais cela sépare les couples. Le mari continu sa vie tranquille pendant que la femme se retrouve face à son bébé. Lorsqu'il rentrait le soir, j'attendais de l'affection de sa part, une touche d'attention, un soulagement mais il était fatigué et puis moi je n'avais que ça à faire de mes journées puisque je ne travaillais pas.

Il m'arrivait d'avoir des crises de nerfs tellement son incompréhension devant mon désarroi me faisait mal. Cela le faisait rire. Il me disait que je n'avais aucune raison de me mettre dans cet état. Il lui est même arrivé de me dire une fois que j'étais une mère indigne. C'était pour moi la pire des insultes alors que je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour élever cette petite fille que j'adorais. J'étais perdue... Il m'arrivait de lui demander d'inviter quelques amis le WE pour que je change de monde et que je me retrouve face à des adultes, dans une relation sociale qui me rassurait. Oui, j'étais encore capable d'avoir des dicussions en dehors de mon bébé.

Le temps passant, les choses dans ma tête se sont réparées et notre couple n'en a pas subit trop de traumatismes puisque j'ai oublié cette période difficile.

Christelle est née deux ans et demi après Stéphanie. La catastrophe... Elle pleurait jour et nuit et je dormais environ deux heures par jour. Le reste je le passais à donner un biberon sur lequel elle s'endormait et moi avec. J'essayais de sortir assez souvent avec elle, lui faire prendre l'air. A mes questions sur cet état de fait, le pédiatre me répondait qu'un bébé ça pleure...merci docteur. Il me donna quand même une poudre à mettre dans son lait pour qu'elle digère plus facilement. Rien n'y a fait et les pleurs continuaient. Il ne faut pas oublier que Stéphanie avait deux ans et demi et qu'à cet age elle demandait aussi beaucoup d'attention. Il fallait que je gère doublement car je ne voulais pas que Stéphanie ressente de la jalousie et se voit délaissée au profit de sa soeur. Alors je portais tout sur les épaules et il m'arrivait de jouer avec Stéphanie lorsque Christelle avait décidé de dormir quelques minutes.

Je ne peux décrire l'état dans lequel je me trouvais physiquement et moralement à cause du manque de sommeil. Mon mari ne s'est jamais levé une fois pour donner le biberon à sa fille. Ben non, il travaillait le pauvre et il fallait qu'il se lève le matin. Alors, au lieu de m'aider, il me demandait de la faire taire... (petit conseil déconseillé par les pédiatres aux mamans dont les bébés pleurent...mettre du miel sur une sucette et le tour est joué...il suffisait de ne pas écouter le pédiatre qui, lui, dormait paisiblement toutes ses nuits. Du jour où j'ai pris cette grande décision, Christelle a commencé à dormir paisiblement...)

Cela me rappelle d'ailleurs la seule fois où il s'est levé pour donner le biberon à Stéphanie et me permettre de dormir. En revenant se coucher il m'a dit "pffffff je ne recommencerais jamais ça, c'est crevant !". Que dire à celà ? J'étais anéantie par autant d'égoïsme et d'incompréhension. Je découvrais un homme et le tableau était de pire en pire.

J'étais tout de même d'une nature assez optimiste et je me suis dit, tu l'as choisie, tu as deux enfants, la question du divorce ne se pose même pas ... Et la vie suivit son court.

Les filles ont grandies et mon mari continuait de plus belle à gérer notre vie à toute les trois. Je travaillais et tous les matins je déposais mes filles chez ma mère qui les emmenaient à l'école. Le soir, je les récupérais, les douchais, préparais le repas et à 20:30 il fallait que les filles dorment. Lorqu'il rentrait, il souhaitait trouver la maison silencieuse et mettre les pieds sous la table. Le pauvre avait eu une journée harassante et devait se reposer. Quand je repense à ces épisodes, j'ai envie de hurler...

A cette époque, il était commercial dans un garage automobile. Je sais que ces métiers sont très durs et que la pression est forte. Encore mon côté compréhensif et altruiste qui ressort. Bientôt je vais lui trouver des excuses... !!!

Ce qui devait arriver, arriva... Je le supportais de moins en moins et son côté égoïste et égocentrique l'empechait de voir que je m'éloignais de lui. Je savais que mes efforts pour continuer à contruire mon couple étaient vains bien que je sache qu'il m'aimait profondément à sa façon.

Je m'inscris dans une salle de gym car à 31 ans j'avais l'impression de me flétrir. On ne voyait plus nos amis et mes seules distractions le dimanche était de jouer au rami avec son père, veuf depuis peu, pendant que lui allait s'éclater en moto cross ou jouer au tennis.

Deux soirs par semaine entre 16:30 et 18:00 j'allais faire de la musculation. Un homme, très beau, venait souvent discuter avec moi lorsque j'étais aux appareils. Nous avons sympathisé et nous discutions assez souvent de nos enfants. Sa cadette était de l'age de Christelle et fréquentait la même école. Nous nous retrouvions donc également le samedi matin à la sortie de l'école maternelle. Je sentais que les sentiments évoluaient entre nous mais je me défendais d'y penser.

Un jour, il m'a annoncé qu'il avait très envie de me serrer dans ses bras... J'étais bouleversée mais n'en laissait rien paraître. J'ai arrêté de fréquenter la salle pendant quelques semaines en espérant que les choses se tasseraient. Je ne voulais pas détruire mon mariage.  Mon mari aurait pu s'apercevoir que je ne mangeais plus et que je maigrissais à vue d'oeil. J'ai perdu 6 kilos en 2 mois mais apparemment cela ne l'a pas alerté. J'étais ailleurs et il ne s'est aperçu de rien...

J'ai repris la route de la salle avec un mal de ventre terrible à l'idée de revoir cet homme. Il était là. Il m'a dit qu'il était content de me revoir et qu'il s'excusait de m'avoir "bousculée". Il m'annonce qu'il a quitté sa femme et habite chez sa soeur. Il me propose d'aller boire un verre après l'entrainement ce que je refuse...difficilement. Les jours passent et mon coeur bat de plus en plus pour lui. A la maison, rien n'avait vraiment changé. Mon mari avait toujours ses phases de colère lorsque les choses n'allaient pas dans le sens du poil et ses phases de grande affection lorsqu'il était de bonne humeur.

Un soir, j'avais oublié de mettre les biscottes sur la table (ça peut faire rire ...). Il se mit dans un état incoyable, me disant que j'oubliais toujours tout, que j'étais une mère et une femme indigne, j'en passe et des meilleures...Je réagis violemment en lui indiquant qu'il a qu'a se les mettre ou je pense ses biscottes, que j'en ai marre de ses sautes d'humeur et que je vais divorcer. Un giffle s'abat alors sur mon visage...Elle n'était pas des plus violentes mais je sus à cet instant que le divorce était la seule issue. J'avais d'un côté un homme qui m'adulait et de l'autre lui, avec ses violences verbales et gestuelles. J'ai craqué et lors de ma visite à la salle j'ai accepté l'invitation...Deux mois plus tard je demandais le divorce. Nous avons vécu une semaine encore ensemble avec mon ex et il est parti habiter chez son père. Ses trois tentatives de suicide m'ont laissées presque indifférente tellement j'étais à bout de sa bétise. Je lui en voulais de ne pas m'avoir comprise, d'avoir fait que mon couple devienne ce qu'il est devenu malgré tous mes efforts...J'avais atteint le breack point de ma relation avec lui et plus rien ne me ferait revenir en arrière bien que je vive des moments que je n'aurais jamais imaginés aussi difficiles. A sa demande, je l'ai accompagné à la clinique pour dépressif où il a demandé à entrer pour se protéger de lui-même. Nous avons fait quelques courses ensemble pour acheter le nécessaire dont il avait besoin et par la suite je lui rendais visite régulièrement. Il était le père de mes enfants et je ne supportais pas de le voir dans cet état...mais que faire. Il regrettait, s'est même mis à genoux devant moi pour que j'annule tout. Je ne pouvais plus ... mais j'ai souffert terriblement de ne pas pouvoir le faire sachant que revenir en arrière serait la plus grosse bétise de ma vie. Le mûr était franchi...

Comme lui, je regrette bien sûr, cet échec de ma vie de famille mais je ne me sens nullement responsable malgré le fait que j'étais à l'origine de notre séparation. Je me suis bien gardée de le lui dire au téléphone... pas envie ;-). Mais il y a une chose importante qu'il m'a dite, c'est qu'il était conscient que l'homme que j'ai connu n'était pour rien dans ma décision et cela a du être un gros travail pour lui d'intégrer cela. Les femmes sont souvent traitées de légères par les hommes mais comme lui, il ne cherchent pas plus loin que le bout de leur nez, les raisons qui les font agir. Je ne suis pas vraiment fière de ce que j'ai bienque je considère ne rien avoir à me repprocher. Je suis allée au delà de mes limites pour que nous réussissions ensemble. Il a oublié qu'il avait une femme sensible et fragile.