la pensée

pens_eC'est étrange cette sensation de vivre en permanence dans l'attente qu'un évenement se produise. Je suis comme un poisson dans l'eau mais un poisson qui nagerait en permanence entre deux eaux sans savoir s'il est attiré par les profondeurs ou plutôt par la surface. Je ne parviens pas à trouver une stabilité ou plutôt à la ressentir, car malgré tout elle existe. J'ai un toit, un travail qui me plaît, deux filles que j'aime... Mais je voudrais tout connaître, tout savoir avec cette impression permanente de n'avoir rien appris de la vie. En fait... je ne sais rien car tout ce que je sais ne m'aide pas à trouver la solution. Je crois que j'ai une vie très ennuyeuse finalement et étant consciente de plus en plus de cela, je m'inquiète.

Et puis le temps passe, l'avancée en âge me fait réfléchir à ce que sera mon avenir. Il me parait vachement court vu de ma fenêtre ... alors qu'il y a quelques années cette question ne me tarabustait pas plus que cela. Serait-ce la crise du presque demi-siècle ?

A quoi vais-je occuper ces années qu'il me reste à vivre en dehors de la compagnie de tout ceux qui m'entourent ? Lire, dessiner, peindre peut-être ? Qu'est-ce qui pourrait m'attirer au point de me faire oublier tout le reste ? Quelle activité solitaire ? Car il est évident pour moi qu'aucune activité ne doit nécessiter la participation de personnes extérieures, afin que je ne sois pas freînée. A trop avoir vécue pour mes filles et mes compagnons, je n'ai pas vécu pour moi et cette liberté soudaine liée à l'"indépendance" de mes filles et au fait que j'ai choisi de vivre "seule", il y a plus d'un an, me perturbe un peu.

Difficile pour une mère qui n'a eu de cesse de s'occuper de ses enfants, seule depuis qu'elles ont 6 et 8 ans, d'imaginer qu'il n'y aura plus qu'une personne dont elle devra s'occuper sérieusement, dans peu de temps, elle. Mes filles sont encore là, elles ont encore besoin de moi mais je me projette dans un avenir qui me parait maintenant tout proche et qui est celui où elles vont voler de leurs propres ailes.

Le choix de la solitude sentimentale n'a pas été une décision facile à prendre mais j'ai fait face au point que je me suis surprise moi-même à ne pas verser une larme lorsque la séparation s'est produite. Je me suis sentie bien, libre, déchargée des soucis de couple, débarassée de toute la diplomatie dont il fallait que je fasse preuve pour faire le tampon entre mes filles et mon dernier compagnon. L'amour était peut-être encore là mais enfoui au plus profond de moi recouvert par des piles de déceptions et de contrariétés accumulées jour après jour. 

Peut-on réellement être heureuse lorsqu'on est seule ? Lorsqu'il n'y a pas de sentiment, d'amour, de tendresse ? Ce qui m'inquiète c'est que je n'ai jamais rencontré de personnes seules et pleinement heureuses. Bien sûr, lorsqu'on leur pose la question, elles répondent invariablement que tout va pour le mieux, que c'est génial la vie en solitaire mais lorsqu'on creuse un peu, on s'aperçoit vite qu'il s'agit souvent d'une façade et que le manque d'amour est là, bien présent. Même leur habitation semble vivre au ralenti, calme, sans aucun bruit, sans aucun objet qui bouge de place, sans aucun petits mots doux posé sur la table. Et ce lit, grand et vide à la fois de cette chaleur que procure la présence de l'autre, ce lit qui n'est plus le témoin de corps à corps, ce lit où il ne se passe plus rien sauf le bruissement de pages qui se tournent dans la lueur de la lampe...

N'avons nous pas tous le besoin d'aimer et de nous sentir aimés ? Peut-être est-ce un besoin vital comme boire ou manger ? Cette sensation n'apparaît pas imédiatement après une rupture, comme si durant quelques années de vie de couple, on avait fait le plein et que petit à petit le réservoir se vide jusqu'à se retrouver à sec. Je suis peut-être bientôt à sec et il est possible que le travail consistant à s'habituer à une vie en solitaire débute à l'instant où l'on ressent ce vide, ce manque et que cette impression de nager entre deux eaux est une étape de ce sevrage d'amour. Aimer, même sans retour, n'est-ce pas aussi un palliatif pour adoucir cette pénurie de sentiments et d'émotions ?  pffffffff que de questions... sans réponse.

Demain sera un autre jour... ;-)