La prune. Edouard Manet. 1876-77.
National Gallery of Art of Washington.

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Je vis et j'ai vécu deux expériences hors du commun.

La première a été ma rencontre avec 22 colistiers d'une équipe se présentant pour les municipales. Je suis arrivée avec beaucoup de retard, en janvier, alors que l'équipe a commencé à exister en septembre, pour les premiers. Je me suis sentie un peu mal à l'aise lors de la première réunion face à 21 visages inconnus ou presque. Le 22 ème étant mon frère, je le connaissais bien. Depuis ce jour là, les liens entre les personnes ont évolués vers des amitiés sincères. C'est la première fois que je fais la connaissance d'autant de personnes en même temps et dans la même ville. J'avais un peu l'habitude de vivre en autarcie, maison, boulot, dodo et je côtoyais peu de gens de mon proche voisinage.

Nous nous sommes donc "battus" ensemble durant ces deux mois de campagne. Nous n'étions pas toujours d'accord mais personne ne s'est jamais imposé et nous nous rallions assez rapidement à la majorité puisque c'était le seul moyen d'avancer vite. Nous n'avons pas gagné la Mairie de notre ville, les habitants en ont décidés autrement mais l'expérience que j'ai vécue et que je vis encore avec mes 22 colistiers vaut toutes les mairies du monde. Bien sûr, nous allons en perdre certains de vue probablement, mais ce sont ceux qui ne se sont pas totalement investis durant ces deux mois  par manque de temps généralement. Je ne suis donc absolument pas déçue, ce serait plutôt le contraire. En effet, cette vision de la politique m'a un peu déçue, ces critiques et batailles sous-capes, ces ragots se diffusant à toute allure, ces sourires hypocrites des personnes de l'autre liste...je n'ai pas trop apprécié. Il ne reste plus qu'à construire autre chose avec ceux de l'équipe qui le souhaite. La chose est en cours et j'y participerai volontiers.

Ma seconde expérience est le contact avec Maya donc je m'occupe dix nuits par mois. C'est une femme, une vraie malgré son handicap sérieux. Elle est tétraplégique mais pleine de vie, de bonne humeur, de volonté. Elle est belle et a un sourire d'ange. Lorsqu'elle sort, elle attire les regards. Malgré son handicap, elle est très soucieuse de son apparence. J'avoue être admirative devant cette force de la nature. Elle m'a confiée avoir mis six ans à oublier sa vie de femme valide après son accident lorsqu'elle avait 18 ans. Ce travail qu'elle a du faire sur elle alors qu'elle était très jeune l'a rendue forte. Elle est très exigeante vis à vis des valides et ne comprends pas qu'ils ne fassent pas les choses parfaitement. Comme si le fait d'être valide, d'avoir ses bras et ses jambes devaient nous rendre parfaits à ses yeux. Elle n'accepte pas les erreurs que l'on peut faire et le fait remarquer clairement. Elle m'a dit avoir mis à la porte une jeune infirmière qui s'occupait d'elle parce qu'au bout de trois mois elle oubliait encore certains gestes qui, aux yeux de Maya, étaient très importants.

L'autre soir, elle m'a demandé de l'inscrire sur des sites de rencontres. J'étais ses doigts, elle était ma tête. Nous avons dialogué avec plusieurs messieurs et elle affichait clairement son handicap. Elle a même branché sa Webcam et a téléphoné à l'un d'eux. Il est vrai que pour elle, le téléphone est plus facile que le tchat. Nous avons passé une bonne soirée et j'espère qu'elle rencontrera l'homme valide qu'elle recherche. Elle a 44 ans mais reste exigeante, pas question d'un homme handicapé à ses côtés. Elle me dit en souriant qu'elle ne souhaite pas multiplier par deux les problèmes. Côté financier, elle n'est pas à plaindre et je pense que cela lui donne aussi cette force. Je sais ce que c'est lorsqu'on est un peu juste, on perd confiance en soi, on est moins fort, on se sent exclus de la société...de consommation. Mais je préfère ma place à la sienne et cela m'amène réflexion. Je n'ai pas à ressentir cela alors que j'ai la chance, moi, d'être valide... même si je me sens pauvre quelquefois. C'est très déroutant comme expérience.

Je lui ai demandé pourquoi elle n'avait jamais envisagé de créer une entreprise. Elle a la tête pour ça. Elle m'a répondu qu'elle avait déjà sa petite entreprise au travers des 8 personnes qu'elle doit gérer. Elle a raison, entre les plannings et les paperasses pour les salaires et pour l'Urssaf, c'est un énorme travail. Bien sûr, elle est aidée, mais c'est quand même elle la tête, nous ne sommes que ses jambes et ses bras.

Voilà, j'ai peu écrit depuis quelques temps parce que je n'en avais plus le temps et que mon esprit était trop pris par tout cela ne sachant comment le retranscrire. Il m'a fallut un peu de temps pour digérer ces changements dans ma vie de femme.

Je suis en vacances pour une semaine et c'est peut-être ce qui libère un peu mon esprit. Après mon retour d'opération, je n'avais pas pris plusieurs jours de congés de suite, cette semaine va me faire le plus grand bien même si je reste chez moi.

Quant à la peinture de Manet ci dessus, elle n'a pas grand chose à voir avec tout ça mais je trouve que la position de cette femme, assise, un peu lassive, apparemment en pleine réflexion sur on ne sait quoi, sa vie peut-être, me plait beaucoup.