Hier, vendredi, en fin d'après-midi, alors que je consultais mes mails dans le bureau au rez de chaussée, j'entends le téléphone de Brunette qui sonne à l'étage. Je n'y prête guère attention, probablement par habitude, car son téléphone sonne plus souvent que le mien.

Quelques minutes se passent lorsque mon attention est attirée par des éclats de voix. Brunette est d'une nature assez cool et je suis étonnée qu'elle puisse se disputer avec un ou une amie. Je me lève et tent l'oreille dans l'escalier, comme le ferait sûrement n'importe quelle mère. A ses réponses et à ses réflexions, je reconnais l'interlocuteur, il s'agit de son père. Depuis quelques temps, il appelle souvent ses filles et souvent cela se termine en dispute. Ses filles lui renvoient sa négligence envers elles. Il ne les a pas vues depuis trois ans et cela, elles ne le lui pardonne pas. La conversation se termine et je me rassois discrètement à mon bureau attendant que Brunette descende me voir. Je l'entends à nouveau parler au téléphone mais cette fois c'est à Blondinette qu'elle s'adresse. Elles semblent échanger des avis sur leur père mais je sais que Blondinette, avec sa sensibilité, aura renvoyé son père dans ses quartiers avec fracas. La conversation se termine et comme je l'avais deviné, Brunette descend me parler.

Elle me dit qu'elle a eu son père au téléphone et qu'il pleurait. Aussi bien Brunette que Blondinette ne s'émeuvent plus des flots de mots d'amour qu'il peut leur dire, elles n'en veulent plus, elles veulent des actes et le lui font comprendre durement. Blondinette a dit à sa soeur qu'elle ne voulait plus lui parler, qu'elle le rayait de la carte pour le restant de ses jours. Que dire, lorsqu'on est la mère ? Depuis notre divorce, je les ai toujours encouragées à voir leur père mais lui n'a jamais rien fait pour les recevoir en respectant ce qu'elles étaient mais en leur imposant sa manière de vivre à lui, même pour quelques jours. Rapidement, elles n'ont plus souhaité aller chez lui, à Nice et ils ne se sont plus revus ou très rarement. Seules les conversations téléphoniques stériles subsitaient, l'un se donnant des milliers d'excuses, l'autre vidant son sac. Il n'y avait rien de constructif dans tout cela et j'en étais très déçue. Je me suis rappelée aussi la conversation que j'avais eu avec lui et où je lui ai dit que ses filles avait besoin de leur père, qu'il fallait qu'il fasse un effort s'il ne voulait pas les perdre définitivement. Je lui ai demandé aussi d'arrêter de se trouver des excuses sur le passé et qu'il fallait qu'il pense à elles vraiment.

Une sonnerie me sort de mes pensées, Brunette décroche. Elle semble accepter une invitation au restaurant pour le lendemain, elle a le sourire et je comprends qu'il s'agit de son père. Il passera la chercher demain matin, donc ce matin. Il s'est décidé à prendre la route pour venir voir ses filles et je m'en réjouis sincèrement.

Bunette est embétée car elle devra se lever à 10 heures ce matin alors qu'elle aura travaillé toute la nuit jusqu'à 6 heures. Elle se demande comment elle va faire pour gérer son WE car elle doit faire aussi le ménage chez sa tante malade qui la rémunère avec des chèques emplois service. Il faut dire qu'elle travaille toute la semaine, ainsi que les nuits du vendredi et du samedi et fait trois heures de ménage en plus le WE pour pouvoir remplacer la voiture que je lui ai donnée et qui commence à rendre l'âme. Je lui dis de ne pas s'inquiéter. J'irais faire le ménage chez mon frère et ma belle-soeur dimanche matin et ainsi elle pourra dormir tout le temps qu'elle voudra. Elle me remercie, appelle sa tante chérie et se prépare pour partir travailler.

Comme promis, son père est passé la prendre à 11:00 ce matin et ils sont partis. Je ne l'ai pas vu, je n'en avais pas réellement envie et puis c'est une affaire entre mes filles et leur père à laquelle je ne dois pas me mêler. J'ai quand même dit à Brunette "ne vous noyez pas dans les regrets du passé, parlez de l'avenir et de ce qu'il compte faire avec vous maintenant et après,  comment il va gérer sa vie future pour que vous y trouviez la place que vous méritez".  Elle a acquiésé d'un large sourire avant de partir en me faisant un clin d'oeil.

J'étais heureuse. C'est alors que le téléphone sonne, mon frère qui est passé chez ma mère, m'annonce qu'elle a reçu la réponse de la cour d'appel (voir mon précédent message). Il me donne quelques indications en me disant qu'il n'a rien compris, qui me font penser que nous avons gagné mais je n'en suis pas sûre. Il faut dire que rien n'est évident dans les conclusions pour des personnes qui ne connaissent rien au droit. Je me prépare et file chez ma mère prendre connaissance de la lettre. A la lecture des conclusions, je confirme à maman que c'est gagné et qu'elle va enfin pouvoir dormir sur ses deux oreilles, elle ne doit plus rien à l'avocat. Nous passons un petit moment ensemble devant un café lorsque Blondinette fait son apparition. Je suis surprise de sa présence chez sa mamie, pensant qu'elle était avec son père. Elle me dit que justement, il faut absolument qu'elle appelle sa soeur avec mon téléphone car sa petite chienne LUNA (un magnigique bulldog Français qu'elle s'est acheté après la mort d'IceTea) a mangé son chargeur. Nous faisons un bisous à Maminou et rentrons à la maison. Elle appelle sa soeur qui lui indique qu'ils sont à 2 kilomètres.

Quelques minutes plus tard, Brunette arrive avec son père. Lorsqu'il passe la porte d'entrée, il n'a d'yeux que pour Blondinette qui l'attendait. Elle a esquissé un très léger sourire alors que lui avait les larmes aux yeux en l'embrassant. Elle lui en veut terriblement et cela se voit. Je reste en retrait lorsqu'il me regarde et m'embrasse avec un large sourire, me demandant comment je vais depuis le temps. Je m'aperçois que je n'ai rien à lui dire, que je n'ai rien à faire là entre lui et ses filles.  Je reste cependant pour Blondinette qui semblait chercher mon regard. Son père la regarde émerveillé. "Comme tu es belle" et se tournant vers moi "On a fait du bon boulot tous les deux, tu as vu comme nos filles sont belles ?". Je lui réponds simplement "oui, elles sont belles, mais moi je suis habituée à les voir"... et toc, tssssssss j'ai pas pu m'empêcher.

Finalement après quelques échanges, Blondinette, s'occupant à peine de son père, toujours ébahi, a rempli sa feuille d'impôt pour que je la vérifie, la complète et la poste. Brunette lui dit au revoir et monte terminer sa nuit avant de reprendre son travail ce soir. Blondinette récupère Luna qui fait le vide dans les peluches et part passer la soirée avec son père. La maison reprend son calme habituel et je vaque à mes occupations.

Vers 22:30 le téléphone sonne. C'est Blondinette, elle me dit que son téléphone va bientôt couper et me dit aussi "Je t'aime, maman". Je suis un peu surprise, lui répond que je l'aime aussi très fort et lui demande comment s'est passé la soirée. Elle me répond que c'était bien, qu'elle était contente de ce moment avec son père, que cela a permis d'eclaircir pas mal de choses entre eux et qu'on avait beaucoup parlé de moi. Il se demandait comment il avait pu être aussi méchant avec une femme aussi douce.

"Maman, je t'aime et si on est devenue ce que l'on est c'est grâce à toi pas à lui". Je ne sais plus quoi répondre, je suis émue que Blondinette avec qui les relations étaient quelquefois si dures se soient transformée depuis qu'elle a quitté la maison. Finalement la séparation a du bon, elle permet de prendre du recul, de réfléchir et de s'apercevoir de ce qu'est la vie. Malheureusement sa batterie a rendu l'âme et je me suis retrouvée avec un biiippp biiippp à l'autre bout du fil. Ce n'est pas grave. Aujourd'hui fut une journée différente des autres, remplie de bonheur, d'émotions et de surprises.

En écrivant ces mots, JE SUIS HEUREUSE....je suis comblée par mes filles, je les aime plus que tout et elles me le rendent bien. Je suis heureuse aussi qu'elles aient retrouvées leur père car tout enfant a besoin de son père.

A tous les parents divorcés qui pourraient me lire, ne privez jamais un enfant de l'autre parent, jamais, quel qu'il soit. Gérez mais ne privez pas...vous en avez le devoir, pour eux, parce qu'un père ou une mère ne se remplace jamais et que les enfants n'ont pas à patir d'une séparation.

Les photos ne resteront que peu de temps, profitez ;-)))

Trop tard, elles sont parties ...