Il y a quelques années, j'avais assisté à un stage "connaissance de soi et des autres". Je me rappelle d'une petite expérience à laquelle notre animateur nous a demandé de nous livrer. Nous avions deux batons et les yeux bandés. L'un des batons était tenu entre mon index gauche et l'index droit d'une collègue, l'autre baton idem de l'autre côté. L'animateur nous a demandé de bouger dans la pièce, au milieu des bureaux posés en rond, l'objectif étant de ne pas faire tomber les batons. Nous étions donc deux, face à face, aveugles, à devoir anticiper les mouvements de l'autre ou à exécuter des mouvements en espérant que l'autre suivrait. Cette expérience m'a marquée car j'ai vu deux jeunes garçons se livrant à un duel presque sanglant, les deux poussant l'autre à le suivre en poussant sur les batons chacun de leur côté. Bien sûr, les batons se retrouvèrent très vite au sol, aucun des deux ne voulant céder aux mouvements imposés par l'autre.

Puis l'animateur m'a demandé de me mettre face à l'un d'eux, dans la même situation que précédemment et là tout s'est très bien passé. Pourquoi ? Parce que je suivais aveuglément les mouvements de l'autre avec pour seul objectif de ne pas faire tomber l'un des bâtons puisque c'était la règle, "tenir le plus longtemps les batons avec la seul pression de nos index et avec l'aide de l'index de l'autre".

Très obéissante la blonde ! Pas un seul geste de travers, c'était parfait ... Et je retournais à ma place, satisfaite ? Hmm non pas vraiment...

Lorsque j'étais à la direction de la com de mon entreprise, j'ai beaucoup appris et notamment grâce à mon chef qui était un homme génial. C'est lui qui avait créé toute la communication interne dans l'entreprise, de la conception à la réalisation. Il avait des tripes, il croyait en lui, en ce qu'il était capable de faire, d'imaginer, de mettre en oeuvre. De dessinateur, il était devenu le responsable de la com interne d'une entreprise de 9000 salariés, ce qui n'est pas rien.

Cet homme, que j'appelais Alain ;-), m'a choisie à partir d'un test qu'il a fait passer à une dizaine de personnes postulant à son offre. Un jour, il m'a dit "Je ne t'ai pas choisie parce que tu étais la meilleure, mais parce que tes réponses aux textes étaient très originales, très naïves aussi et j'ai senti  en toi beaucoup de créativité. D'autres tests étaient bien meilleurs que le tien mais transpiraient le perfectionnisme, l'appris, en dehors de toute imagination créative".
Cette phrase m'a marquée et m'a flattée.
Il me disait aussi que je ne savais pas mettre en avant mes idées, que je ne savais pas les imposer et que je me retirais du jeu dès que je sentais une opposition en face de moi. Il m'avait très bien cernée et le test décrit plus haut était aussi révélateur de cet état de fait. Je n'ai pas confiance en ce que je suis, en ce que je connais. Je me dévalorise par rapport  à l'autre en me disant que finalement c'est sûrement l'autre qui a raison. Pourquoi suis-je ainsi alors que j'ai toutes les raisons de penser que l'autre n'a rien à m'imposer, ni à m'apprendre sur certains terrains.

Tout cela pour me dire qu'il faut que j'arrête de vouloir arrondir les angles, qu'il faut que j'assure ce qui n'est pas sûr en moi. Les autres, ceux qui savent s'imposer, sont-ils aussi sûrs de ce qu'ils avancent que je ne le suis moi-même ? Pourquoi faut-il absolument que j'ai les tenants et les aboutissants d'une réalité pour en être convaincue ?

Je vais soutenir la cause de ma mère devant le premier président de la cour d'appel face à un avocat, très bientôt. J'ai des arguments forts et pourtant j'ai la trouille de craquer, de bégayer et d'oublier  mon texte.

Pourtant, je crois savoir qui je suis et je n'ai rien à envier aux autres. Mais je sais aussi que je ne sais rien comme le dit si bien  Gabin, j'en suis consciente et les autres arrivent à me faire douter très rapidement de mes propres convictions avec des arguments pas toujours fondés ou vérifiés mais que je prends pour vrais dans la mesure où ils l'affirment haut et fort.

Je suis trop honnête, mais la vie m'a appris que certains sont loin de l'être,  même avec eux-mêmes. Ils répètent bêtement ce qu'ils ont entendu pendant que moi j'épluche les bouquins pour être sûre de ce que j'avance.

Alors je vais me préparer pour que le PP de la cour d'appel ait en face de lui, une personne qui croit en elle, qui est sûre de ce qu'elle avance, parce que les seuls arguments ne suffisent pas, j'en suis de plus en plus consciente et ce qui ferait pencher la balance c'est que moi, devant lui, et devant mon avocat, je sois solide sur mes positions et que je ne tremble pas à la première question qu'il me posera.

Marre de dire Amen, marre d'arrondir toujours les angles, marre de douter de ce que je suis, être une femme, une vraie de vraie, une qui s'impose et qui ne se laisse pas envahir par une émotivité trop forte... Suis-je anormale ? Quelle image est-ce que je projette ? Est-ce que le doute se voit ? Comment travailler ce carisme qu'il me faudra avoir ? Autant de questions qui me perturbent un peu et sur lesquelles je travaille chaque jour depuis quelques temps...

Il faut que je me drappe derrière un tissu d'apparence qui ne sera pas moi et qu'on appelle le paraître... tout ça pour briller... plus qu'un avocat dont c'est le métier...

J'ai encore un mois devant moi...

femme0