Tribunal de G.
tribuna_grenobleJe n'arrive plus très bien à mettre mes idées en place tant je suis perturbée par ce litige qui m'oppose à l'avocat de notre famille. La loi est complexe, elle n'est pas simplement basée sur des faits qui nous paraissent à nous, pauvres ignares que nous sommes, évidents. J'ai fait tout le boulot pour lui, il n'a rien fait et veut sa part du gateau sur ce qu'il n'a même pas demandé au juge...
La loi peut être interprétée, revisitée. C'est un peu comme un jeu où il faut trouver le meilleur argument au travers d'un article de loi écrit il y a des centaines d'années. Mais il n'y a pas que ça... et oui, vous pouvez  lire tous les bouquins et oublier la jurisprudence qui fait loi aussi. Alors là c'est le top, on trouve tout et son contraire... Comment le pauvre bougre lambda peut-il s'y retrouver.
Le juge lui se fiche de la morale, de l'intégrité, de la raison, tout ce qu'il demande c'est qu'on lui fournisse des articles sur lesquels il pourra s'appuyer. Il n'ira rien chercher lui même. Il prend tout, brasse tout ça et rend son verdict, alors autant vous dire que face à un avocat, je fais pâle figure. Ce qui me motive, c'est que ce ne sont pas mes propres intérêts que je défends mais ceux de ma mère, qui a toujours vécu un chouillat au dessus de la misère, comptant toute sa vie et pour qui un sou est un sou ou un sou doit être mérité, gagné.
Cette somme que notre avocat lui réclame est énorme pour elle. Elle ne comprend pas alors qu'elle s'est jointe à moi pour rechercher tous les documents qui nous permettrait de gagner ce procès initié par mon père avant son décès et que nous nous sommes fait un devoir de gagner. Nous avons passé des jours à chercher, éplucher des journaux officiels aux archives de la ville pour tout donner à notre avocat qui s'est dit... ben oui, avec ça on peut faire appel et s'est empressé de nous faire signer une convention avec honoraires de résultat avec de vagues explications sur la signification de cette petite phrase.
Alors, à nouveau, je me bats. Cela dure depuis 1999 et ça continue. Je commence à connaitre un peu les ficelles de la justice et ce qui est dommage c'est que si je les avais connues avant, jamais nous n'aurions signés cette convention.
Il est vrai que notre dossier est spécial et dans des cas similaires, ce sont souvent des associations qui prennent le relais de pauvres bougres comme nous, mais pour le cas de mon père, il n'y a pas d'association, rien, nous sommes seuls face à la justice, face à une multinationale, face à un avocat profitant de notre ignorance pour nous enfiler des perles.
Mais je suis tenace, entêtée et je trouverai la faille, celle qui permettra à ma mère de dormir enfin sur ses deux oreilles car ces démélés juridiques la contrarie énormément. Elle se repose entièrement sur moi et je ne peux la décevoir.
Aucun avocat ne défendra notre cause et je le comprends. C'est une communauté qui se tient la main, se soutient même si la loi des 80/20 règne ici aussi. Personne ne nous aidera à défendre notre cause, je serai seule face au premier président de la cour d'appel, seule face au regard de notre avocat en colère... Est-ce perdu d'avance ? Je le saurais au mois de mai, date fatidique où je devrais m'exprimer, défendre les intérêts de ma mère, défendre les intérêts d'ignares comme nous, pauvres petits bougres incultes face au barreau. Mais pour qui se prend-on pour vouloir attaquer une institution comme celle de la justice, pour qui se prend on pour vouloir mettre en doute le bien fondé de la facture de notre avocat ? Voila l'impression que me donne toute cette histoire dont j'ai hâte qu'elle s'achève enfin...
Et pourtant, nous avons déjà gagné un procès alors que tout nous donnait perdants, même notre avocat qui nous conseillait de ne pas faire appel de la première décision du tribunal qui n'allait pas en notre faveur. Celui-là même qui réclame aujourd'hui des sommes exorbitantes pour un travail qu'il n'a pas fait. Moi, j'y croyais, en mémoire de mon père, de ce qu'il a vécu, et j'ai cherché, pendant des heures, des jours et j'ai trouvé seule, sans l'aide de cet avocat qui avait déjà baissé les bras. Jamais je ne m'avouerais vaincue tant qu'il nous reste un espoir et cet espoir, je l'ai, je l'ai trouvé sous forme de plusieurs articles et jurisprudence qui plaident en notre faveur. J'ai trouvé que l'avocat n'avait aucun droit sur ce qu'il n'a pas indiqué dans ses conclusions, aucun droit sur ce que le juge n'a pas explicitement mentionné dans le jugement...
Alors, l'espoir est encore présent et combattre toute une institution ne me fait pas peur lorsque je sais que je suis dans mon bon "droit".
A suivre...