Texte écrit d'après la consigne 39 de coumarine dans son blog Paroles Plurielles

747"Je suis restée une heure dans la salle de bain après être passée en vitesse dans le couloir qui y mène. Mes parents n'ont rien vu, accrochés à leur écran de télévision. J'ai jeté un "c'est moi" et j'ai filé, droit devant moi.

Je suis là, devant le lavabo et je regarde mes mains et mon visage ensanglantés. Je repense à cette boum ou Benjamin m'a tenue dans ses bras alors que nous dansions un slow. Cette boum, dans un petit chalet de montagne, abandonné depuis longtemps. Nous sommes descendus au sous-sol. Deux petits lits étaient dressés. Nous nous sommes allongés, il m'a prise dans ses bras et nous nous sommes longuement embrassés, caressés. Ces petits gestes simples, timides, gauches m'ont troublée, excitée, révélé en moi la femme que je ne suis pas encore. Et puis, les autres nous ont appelés et nous les avons rejoints avec sur la peau et dans le coeur le souvenir de ces instants de tendresse merveilleux.

Nous sommes nombreux et les motos nous attendent sagement pour la redescente par les petites routes que nous connaissons trop bien. La nuit est tombée. Nous récupérons le matériel, tourne -disques, récipient à sangria, bouteilles de coca et autres boissons que nous fourrons dans les coffres des uns et des autres ou dans les sacs à dos et prenons la route.

Les motos se suivent. Elles vont vite, les virages s'enchaînent. Je m'accroche à Benjamin qui m'a demandé de monter avec lui. Je vois les branches des sapins longeant la route dans le halo des phares. Et puis, un virage en épingle, la moto dérape dangereusement, j'entends le bruit des branches sur mon casque, je ne vois plus rien, des images flash. La moto semble dévaler une pente et s'arrête brutalement contre un arbre. Je suis étourdie, mon coeur bat à grand bruit dans mes oreilles qui entendent aussi des cris. Je me sens tirée à quelques pas de la moto. On m'allonge sur le sol. J'ai la force d'enlever mon casque. J'ai du sang sur le visage et sur les mains mais ce n'est rien.  Il est tard, mes parents vont s'inquiéter, ils ne doivent pas savoir, sinon je n'aurai plus le droit de sortir. Me voyant paniquer, un ami propose de me ramener chez moi, les autres s'affairent autour de la moto. Benjamin s'est levé, il a l'air un peu sonné, il titube.

Je suis dans la salle de bain, je me lave à grande eau. J'ai une petite coupure sur le front et quelques égratignures sur les mains. Le téléphone sonne. Maman décroche. Elle m'appelle. Je me rends jusqu'au téléphone sans allumer la lumière. Ma mère a posé le récepteur et s'est remise devant la télé, tant mieux... Tout mon corps tremble. J'entends une voix connue au bout du fil qui me dit, "Euh c'est Luc, euh... Benjamin est... mort pendant son transfert... à l'hôpital. Je viens te chercher si tu veux." Et je m'entends répondre dans un souffle "non, non, pas de problème...on se voit demain ?" Mes parents ne doivent pas savoir... mon père me tuerait et je cours dans ma chambre, me jette sur mon lit et pleure en silence toute les larmes de mon corps."