1francsIl avait pour habitude de mettre dans un petit bocal les pièces de 1 francs ou autre qui trainaient dans ses poches. Le petit bocal était sur une étagère au dessus du bureau. Personne ne s'y intéressait à ce petit bocal qui commençait  à peser lourd. Mais qu'allait-il bien faire de ces pièces ? Le temps passait et le petit bocal se remplissait de jour en jour.

Mes filles qui était alors adolescentes découvrir le trésor caché et commençèrent à se servir de quelques pièces au passage, comme ça, pour acheter je ne sais quoi ou pour compléter leur propre monnaie pour prendre le bus. Je ne me suis pas aperçue de ces petits vols. Je n'étais pas très argentée à l'époque et il est vrai que mes filles n'avaient pas beaucoup d'argent de poche. Alors ces quelques pièces de monnaie leur apportait un peu de bonheur. J'imagine qu'elles ne pensaient pas agir mal. Il vivait sous notre toit, n'était pas forcément généreux, ni avec elles, ni avec moi mais prenait quand même soin de mettre de l'argent de côté pour son propre fils sans se soucier de ce que moi je pouvais économiser pour les miennes c'est à dire ... rien. C'était souvent un sujet de discorde car il me fallait sans cesse réclamer même après avoir mis les comptes à plat.

Un jour il s'aperçut qu'il n'y avait plus de pièces de 1 francs dans le petit bocal. Il se mit en colère et me dit que mes filles n'avaient pas à toucher ce bocal. Il fit un scandale et commença à engueuler les filles. Je reconnais qu'elles n'auraient pas dû et elles s'en excusèrent. Je lui demandais combien il pensait qu'il y avait dans ce bocal ? Il me répondit environ 100 francs. Tout en étant terriblement choquée de cette réaction mais toujours avec ma fierté spanish, je claquais la porte et parti faire un tour en voiture avec mes filles, histoire de me calmer un peu, de faire le point face à une telle avarice, une telle bétise. J'étais furieuse contre lui surtout à cause de la surprise et la tristesse que j'ai lue dans les yeux de mes filles face à la violence de sa réaction pour quelques pièces de 1 francs qui trainaient dans un bocal depuis des lustres.

En roulant je me retrouvais à A.les Bains et passait devant le Casino. Il me vint alors une idée. Je demandais aux filles de m'attendre 2 minutes. J'entrais, demandais à la caissière 100 francs en pièces de 1 franc (les jetons étaient en fait de vrai pièces). Je lui demandais si elle pouvait me les mettre dans un sachet pour offrir à un ami. Elle s'exécuta en souriant s'imaginant qu'il devait s'agir d'une blague... si elle savait...

Je repartis  avec mon petit sachet, satisfaite de moi. De retour à la maison je lui lançais le sachet à la figure en lui disant... les voilà tes 100 balles en pièces de 1 francs...

Quelques mois plus tard,  alors qu'il arrivait  le sourire au lèvres avec une télé 16/9 et un lecteur de DVD dolby suround. Il déposa les cartons dans le couloir en disant "Ca c'est à moi, personne ne touche". C'était ce qu'il ne fallait pas dire...

Il avait signé avec ces mots, la fin de notre histoire. Je lui demandais de partir avec ses affaires, ce qu'il fit sans réellement comprendre le pourquoi des choses. Il m'aimait à la folie disait-il, comment peut-on aimer de cette manière ? Je lui répondis qu'il était beaucoup trop égoïste et matérialiste pour que je puisse continuer à vivre cette relation. Malgré des promesses de changement, de voyages, de partage, je ne cédais pas, le point de non retour était atteint. Cinq ans de ma vie avec lui, c'était déjà beaucoup, beaucoup trop.