photo Alainx

montagneAu matin le verre était vide. 

Je tournais un regard triste vers la montagne, un sentiment immarcescible me liant à elle, cette montagne qui hier avait pris vie pour me dire qu’elle était là, à ma fenêtre, qu’elle veillait sur moi.

Hier, elle m’a emmenée avec elle, m’a montré la vue de là-haut, très haut au dessus de la mer. Le crépuscule s’était habillé de couleurs céruléennes dans l’immensité de cette douce nuit. Les vagues scintillaient de milles étoiles comme un jardin de lumières à mes pieds.

Je l’ai gravie par des rochers qu’elle offrait à chacun de mes pas maladroits. Elle avait aménagé un petit plateau pour que je puisse m’y dresser et j’ai levé mon verre à sa vie soudaine. En écho à mon geste, un arbre déploya ses branches comme une main sortie de son flan dérangeant une colombe blanche endormie qui s’envola dans un bruissement d’ailes. Ma montagne trinqua avec moi ; elle était devenue mon amie l’espace d’une nuit, me procurant la paix de l’âme.

Une maison en son sommet se dévoila comme un berceau qu’elle m’offrait pour mon repos, une porte qu’elle ouvrait à mon cœur ruiné et à mon corps fatigué, un nid douillet, réchauffé par la chaleur d’une cheminée. Elle avait construit un refuge rien que pour moi, pour que j’oublie... que j’oublie pourquoi le verre était plein cette nuit-là.

Mais ce matin… le verre était désespérément vide et la montagne irrémédiablement immobile et je n’avais rien oublié.


Texte rédigé selon la consigne 31 de Paroles Plurielles. Mes autres "motcramés" ici

immarcescible : merci au garde-mots à qui j'ai chipé ce mot qui m'a plu