Le réveil sonne. Marnie se réveille toute engourdie par une courte nuit de sommeil. Un homme très beau est auprès d’elle, il l’enlace, l’embrasse et lui susurre des mots doux à l’oreille. Une belle journée s’annonce. Les rayons du soleil tracent des bandes de lumière dans la pénombre de la chambre semblant emprisonner les grains de poussières qui y scintillent.

« Il faudra que je fasse le ménage » pensa t’elle en souriant.  Elle se lève, non sans avoir caressé avec tendresse son compagnon, et se rend à la salle de bains. Elle se regarde dans le miroir et ne comprends pas pourquoi elle se trouve si belle ce matin. De magnifiques cheveux blonds glissent en mèches dispersées jusqu’à ses seins dont le galbe est troublant de perfection. Elle prend une douche et décide de ne pas se maquiller. Inutile de gaspiller du temps, elle n’en sera pas plus jolie. Un rapide coup de brosse dans ses cheveux leur rend leur brillance et leur soyeux. Elle est belle…mais ressent une impression bizarre, comme si c’était la première fois qu’elle se voyait, comme si elle ne se reconnaissait pas.

Après avoir enfilé un jean et un chemisier en dentelle mettant en valeur un décolleté plongeant, elle se rend à son travail.

Marnie est médecin aux urgences. Elle se change rapidement, attache ses cheveux et se mets au travail sous l’œil admiratif de ses collègues masculins à qui elle répond par un sourire.   

Rien de très spécial aujourd’hui si ce n’est quelques fractures et un clochard à moitié ivre insultant les infirmières qui s’approchaient de son lit et hurlant des jurons dans les couloirs à qui voulaient les entendre. Il fallait qu’elle fasse quelque chose, ce clochard ne pouvait pas empoisonner ainsi la vie des malades qui attendaient patiemment leur tour. Elle se munie d’une petite seringue de sédatif et passant près de lui, lui injecta discrètement le produit non sans se faire traiter de s…. une dernière fois. Il sombra immédiatement dans un sommeil de plomb et les couloirs retrouvèrent un semblant d’humanité. Les infirmières lui jetèrent un œil complice.

Elle terminait de bonne heure ce jour là et décidait de se promener en ville. Elle trouvait agréable de regarder son reflet dans les vitrines. « Décidemment je suis très belle ». Les hommes qu’elle croisait se retournaient sur son passage. Elle s’achetait quelques vêtements et une paire de tennis pour son footing journalier. La vie semblait merveilleuse. Elle n’avait pas de problème d’argent, avait été brillante dans ses études et était parvenue à exercer la profession dont elle rêvait. L’homme qui partageait sa vie était chirurgien. Il était très attentionné. Leur amour était sans nuage.

Ils habitaient une magnifique maison à la campagne entourée de bois dans lesquels ils appréciaient de faire de longues balades à cheval. Elle souriait en pensant à cela. Tout semblait si merveilleux.

Avant de rentrer, elle décida de s’asseoir à la terrasse d’un café pour savourer un thé glacé. Le soleil était moins haut dans le ciel et la lumière sur la ville commençait à décroître. Elle n’avait jamais remarqué combien cette ville était propre, tout semblait si … fabuleux. Des voitures rutilantes passaient sur l’avenue, les gens semblaient heureux, d’un bonheur irréel. Elle pris le journal du jour, cherchant les mauvaises nouvelles comme on en lit chaque jour mais rien. Aucune catastrophe, aucun meurtre, aucun accident, aucune vengeance politique…le monde semble aller merveilleusement bien. C’est alors qu’elle ressentit comme une angoisse, une sensation étrange. Elle but une gorgée de thé dont la fraîcheur coulant dans sa gorge lui fit du bien.

Une femme d’un certain âge, un manuscrit à la main, les cheveux blonds, le regard sympathique s’approcha d’elle et lui sourit. Elle fut surprise de constater qu’il lui semblait connaître cette personne sans toutefois parvenir à se souvenir. La femme s’assit à côté d’elle et lui adressa un bonjour. Marnie répondit timidement. Elle sentait son regard sur elle et lui demanda si elles se connaissaient. Un dialogue étrange s’instaura alors :

« - Oui, nous nous connaissons, depuis très longtemps déjà  et je suis venue vous dire que… »

La femme s’interrompit, une larme semblait couler sur sa joue.

« …je suis venue vous dire que je suis écrivain et que..." Elle ouvrit alors le manuscrit et commença à écrire.

Au fur et à mesure que les mots se dessinaient sur les feuilles, la lumière diminuait et la ville semblait comme disparaître derrière un voile. Elle s'arrêta et leva alors un regard triste vers la jeune femme "vous êtes mon personnage. Mais le livre est terminé car je suis désolée de vous dire que vous ne faîtes plus rêver personne… »

Blonde2La belle jeune femme, bouleversée à cette annonce brutale, se sentit comme paralysée. Des larmes coulèrent de ses grands yeux et pendant que la plume reprenait sa course sur le papier, elle disparut au milieu des pages griffonnées.

L’écrivain referma son manuscrit qu’elle serra très fort entre ses mains…

- "Il faut être dupe de nos jours pour croire encore à tout cela…. " dit-elle à haute voix comme si Marnie pouvait encore l'entendre.

Elle se levait et disparaissait au coin de la rue, jonchée de détritus et polluée de gaz d’échappements, après avoir éparpillé rageusement les feuillets dans une poubelle.