Nous avons essayé de respecter le style de mon grand père en restant le plus fidèle possible et en retenant en nous l'envie d'améliorer, de changer les tournures de phrases. Nous ne devions pas nous approprier le style, ce qui fut difficile quelquefois ;-).

LES ORANGES AMERES (extraits)

"Un jour, mon père et ma mère descendirent au village. Nous restions seuls avec ma sœur aînée qui avait 15 ans et c’est elle qui faisait office de mère.  Elle nous donna notre déjeuner et nous partîmes « labourer » à nouveau. Je me souvins que pour arroser il fallait un bassin. Ma sœur pris une petite pioche et commença à faire un trou. Ma sœur cadette enlevait la terre du trou et sans me rendre compte, je lui donnais un coup sur la tête. Je lui fis une coupure telle qu’un doigt aurait pu entrer dans la plaie. En voyant tout ce sang, je fus pris de panique et je partis en courant de peur que ma sœur aînée ne m’ « allume ». Mais à la fin elle m’attrapa et commença « tiens, tiens…tiens » et à vrai dire, je croyais qu’elle ne s’arrêterait pas de bouger son bras, surtout que le bâton quelle avait dans ses mains elle savait le manier. Elle me dit «  quand viendra le Père, tu verras ce qu’il va te donner » et moi avec la peur que  j’avais et celle que me fit ma sœur quand elle cessa de me frapper, je m’enfuis et me mis à courir. Je rentrais à la maison et refermais la porte de l’intérieur. Je me couchais sur des chaises et je m’endormis durant un long moment. Ma sœur revint de chez la voisine où elle avait soigné ma sœur cadette de cette grosse plaie sur la tête. Il y avait plus d’une heure qu’elles étaient toutes les deux chez la voisine et lorsqu’elles arrivèrent devant la porte, elles frappèrent, frappèrent mais Pedro dormait comme un cabas de figues sèches. Mon père et ma mère arrivèrent de Totana et frappèrent à la porte. Moi je dormais toujours profondément. Mon père fut obligé de monter sur le toit et avec une corde  qu’il avait empruntée au voisin,  il se laissa tomber par la cheminée et ainsi il pu ouvrir la porte et moi, je dormais toujours. Mon père me réveilla et je me mis à pleurer lorsque je le vis avec ma mère et ma sœur, son gros pansement sur sa tête, non par peur mais pour ce qui m’attendait car à cette époque les caresses ce n’était pas 5 centimes de poix chiches grillés ni 5 centimes de cacahuètes, ce qui m’attendait c’était une corde double ou la semelle d’une espadrille pour me « dépoussiérer » comme cela m’arrivait souvent.

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Plus tard mon oncle Luterio me pris comme berger pour garder ses moutons. Là je restais assez longtemps. J’étais infesté de poux car je ne me changeais pas trop souvent. J’allais chez moi quand mon oncle m’y envoyait quelques fois. Il se passait quinze jours, trois semaines ou un mois avant que je ne retourne chez moi. En arrivant je me changeais, mais comme le lit était toujours le même, plein de petites bêtes, de celles qui travaillent plus la nuit que le jour, ma tête ressemblait à un  jopo  de renard. Je me la tondais tous les 4 ou 6 mois. Comme il n’y avait pas de barbier ici, ma mère prenait les ciseaux et me la rasait. Il y avait plus de guijas (graviers) que sur un terrain de 11 arpents de terre.

Ma mère me lavait le corps et la tête avec une espèce de chiffon. Elle m’arrangeait un peu et elle me dit « Pedro, ne t’en vas pas trop loin nous allons aller à la messe ». Nous y allions tous comme à l’accoutumer. Le curé, lorsqu’il nous voyait arriver venait nous dire bonjour. Ma mère me dit « Pedro, baise la main du Père ! ». Je le regardais car cela me coûtait beaucoup de croire que ce type avec ses robes noires pouvait être mon père. Il mit ses mains sur ma tête et me dit «  Petit coquin, bientôt tu viendras te confesser et communier ». Je dis à ma mère que je ne voulais pas me confesser. Elle me répondit « tu feras comme les autres ». Le lendemain, lundi, je repartis à la recherche de mes brebis pour 15 jours ou plusieurs semaines.

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Je comptais déjà 15 mois de service militaire quand les mineurs de l’union de Cartagena se mirent en grève. Le patron de la mine demanda des troupes au colonel de ma compagnie. Nous étions armés comme pour une guerre avec nos cartouchières bien pleines. Nous prîmes le train pour ce village qui se trouvait à 12 Km de Cartagena. En arrivant, il y avait déjà une cinquantaine de guardias civiles de l’infanterie et de la cavalerie. Ils firent feu sur les mineurs, en tuèrent 9 et en blessèrent 45. Nous, nous étions à l’arrière en renfort pour entrer à l’attaque contre ces pauvres ouvriers qui demandaient simplement un peu plus de pain pour leurs enfants. Ils descendaient dans la mine à plus de 200 m sous terre sans savoir si un jour ils reverraient leurs familles. Les pauvres demandaient du pain, on leur donnait des balles. Ces gradés avec leurs uniformes profitaient de ce que produisaient les ouvriers. La « guerre » terminée, je rentrais à la caserne continuer le service."

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